À la veille du lundi 21 septembre, les élèves algériens s’apprêtent enfin à retrouver leurs classes. Ils y retourneront alors que le mois est déjà largement entamé et après des vacances d’été qui, pour beaucoup d’entre eux, ont commencé dès le mois de juin.

La rentrée avait initialement été fixée au 6 septembre. Les autorités ont ensuite décidé de reporter de quinze jours le retour des élèves.

À première vue, cette décision pourrait sembler n’être qu’un simple ajustement du calendrier scolaire. Elle ne l’est pas. Lorsqu’un changement concerne des millions d’enfants et contraint autant de familles à réorganiser leur quotidien, la date de la rentrée ne peut plus être considérée comme une donnée administrative que l’on déplace sans explication ni obligation de rendre des comptes.

Quinze jours supplémentaires hors de l’école signifient une interruption plus longue des apprentissages, une pression accrue sur les programmes après la reprise et de nouvelles difficultés pour les parents.

Plus préoccupant encore, la rentrée tardive ne ressemble plus à une exception. Il y a quelques années, les élèves retrouvaient généralement leurs classes pendant la première semaine de septembre. Au fil des derniers calendriers scolaires, la reprise s’est progressivement installée dans la seconde moitié du mois, souvent entre le 19 et le 22 septembre.

Le retard finit ainsi par ressembler à une nouvelle règle que les autorités ne jugent plus nécessaire d’expliquer.

Des vacances qui durent plus longtemps qu’elles ne le devraient

Les vacances sont indispensables aux enfants. Après une année de cours et d’examens, les élèves ont besoin de repos, de jeux et de temps passé avec leur famille. Mais se reposer est une chose ; demeurer pendant plusieurs mois sans aucune activité éducative structurée en est une autre.

Un enfant qui reste longtemps éloigné de la lecture, de l’écriture et du calcul ne revient pas nécessairement à l’école avec le niveau qu’il avait au moment de la quitter. Il doit retrouver ses habitudes, réactiver ses connaissances et se réadapter au réveil matinal, à la concentration, au travail en classe et aux devoirs.

Les enseignants savent combien de temps doit être consacré, au début de chaque année, aux révisions et à la reconstruction des acquis fragilisés pendant les vacances.

Or, lorsque la rentrée est retardée, les leçons prévues ne disparaissent pas. Les enseignants et les élèves disposent simplement de moins de temps pour achever le même programme.

Le risque est alors de devoir accélérer les cours, multiplier les devoirs et recourir davantage à la mémorisation pour respecter le calendrier, au lieu de laisser aux enfants le temps nécessaire pour comprendre, s’exercer, se tromper et poser des questions.

Il serait excessif de prétendre que quinze jours expliquent à eux seuls les difficultés de l’école algérienne. Le système éducatif affronte des problèmes plus profonds : programmes, surcharge des classes, équipements, conditions de travail et formation des enseignants.

Mais ce report révèle une conception préoccupante du temps scolaire. Celui-ci ne semble pas traité comme une ressource nationale précieuse, mais comme une réserve dans laquelle il serait possible de retrancher des journées sans annoncer comment elles seront récupérées.

Tous les enfants ne vivent pas les vacances de la même manière

Les vacances ne sont pas socialement identiques pour tous les enfants.

Certaines familles peuvent offrir des livres, des cours particuliers, des voyages, des activités sportives ou culturelles et un accès fiable à Internet. D’autres ne disposent ni des moyens financiers ni du temps nécessaires pour proposer de telles activités. Leurs enfants peuvent alors passer de longues semaines entre la maison, la rue et leur téléphone.

La fermeture prolongée des écoles n’est donc pas socialement neutre. Plus l’interruption dure, plus l’écart risque de se creuser entre les enfants dont les familles peuvent acheter des solutions éducatives et récréatives et ceux qui doivent simplement attendre la réouverture des établissements.

L’école ne se réduit pas au lieu où sont dispensés les cours. Elle apporte également un rythme quotidien, une relation avec les enseignants, une sociabilité encadrée et une organisation qui protège le temps de l’enfant contre une trop longue inactivité.

Dans de nombreux quartiers dépourvus de bibliothèques, de clubs, de terrains de jeux ou de programmes estivaux, prolonger les vacances peut signifier prolonger le temps passé devant les écrans ou dans la rue, sans accompagnement éducatif ou culturel.

Cela ne signifie pas que tout enfant qui reste hors de l’école est exposé à la délinquance, ni qu’une rentrée tardive entraîne directement la consommation de drogue.

Cela signifie cependant qu’une longue période d’inactivité accroît la responsabilité de l’État : celui-ci devrait offrir des espaces sûrs et utiles, notamment dans une société où de nombreux parents expriment leur inquiétude face aux stupéfiants, aux mauvaises fréquentations et aux autres dangers auxquels les adolescents peuvent être confrontés.

Qui garde les enfants lorsque les deux parents travaillent ?

Les décisions de reporter la rentrée semblent parfois reposer sur l’idée que chaque foyer dispose d’une personne pouvant rester avec les enfants jusqu’à la réouverture des écoles.

Cette représentation est éloignée de la réalité de milliers de familles algériennes.

Les pères travaillent, les mères travaillent et la durée des congés annuels est limitée. Un salarié ne peut pas simplement demander quinze jours d’absence supplémentaires à son employeur parce que le calendrier scolaire a été modifié.

Toutes les familles ne disposent pas non plus d’un grand-parent ou d’un proche capable de s’occuper des enfants. Quant aux services de garde, ils ne sont ni disponibles ni financièrement accessibles à tous.

Le report place donc les parents devant des choix difficiles : utiliser le reliquat de leurs congés, s’absenter du travail, confier les enfants à des proches, compter sur un frère ou une sœur plus âgée ou les laisser passer de longues heures devant la télévision ou leur téléphone.

Dans bien des cas, la charge la plus importante retombe sur les femmes qui travaillent, auxquelles on demande de préserver simultanément leur emploi et la prise en charge des enfants.

Lorsqu’un gouvernement reporte la rentrée, il ne modifie pas uniquement une date relevant du ministère de l’Éducation. Il réorganise la vie de millions de familles sans leur demander comment elles pourront gérer les journées supplémentaires et sans leur proposer de solution de remplacement.

La chaleur est un véritable problème, mais elle ne constitue pas une politique éducative

Les fortes températures dans le sud de l’Algérie ont été invoquées parmi les principaux arguments en faveur d’une rentrée tardive.

La rigueur du climat ne peut être niée. On ne peut pas davantage exiger des enfants qu’ils étudient dans des salles étouffantes, dépourvues de ventilation, d’eau ou de systèmes de refroidissement adaptés. Protéger la santé des élèves est une obligation incontestable.

Mais la chaleur du Sud n’est pas un phénomène inattendu apparu cette année. Elle constitue une réalité connue depuis des décennies.

Si les écoles de provinces entières ne peuvent accueillir leurs élèves au début du mois de septembre, la question ne devrait pas être : « Quand les températures vont-elles baisser ? » Elle devrait être : « Pourquoi ces établissements n’ont-ils toujours pas été adaptés au climat dans lequel ils fonctionnent ? »

Grâce à ses revenus pétroliers et gaziers, l’Algérie aurait pu mettre en œuvre un programme durable d’isolation des bâtiments scolaires, d’amélioration de la ventilation et du refroidissement, d’approvisionnement en eau et de renforcement du transport scolaire.

Installer une climatisation ne consiste pas simplement à acheter des appareils et à les fixer aux murs. Un tel programme exige une alimentation électrique fiable, de la maintenance, une isolation convenable et un financement régulier.

La complexité de cette tâche ne justifie toutefois pas qu’elle reste sans solution, puis que les conditions météorologiques servent chaque année de motif pour fermer les écoles ou retarder leur ouverture.

L’Algérie est en outre un territoire immense, marqué par de fortes différences climatiques. Si certaines wilayas du Sud connaissent des températures exceptionnelles, pourquoi imposer la même date tardive aux régions côtières, montagneuses ou tempérées ?

Pourquoi ne pas envisager des calendriers régionaux, des horaires matinaux ou des dispositions particulières pour les zones les plus chaudes, accompagnés d’un plan public de récupération des journées pendant lesquelles les cours ne peuvent avoir lieu ?

Au lieu d’adapter durablement les établissements au climat du Sud, l’État semble attendre chaque année que les températures diminuent pour ouvrir leurs portes.

Le monde n’attend pas la fin du mois de septembre

Cette situation intervient alors que les pays rivalisent pour mieux former leurs enfants aux sciences, aux mathématiques, aux langues et aux technologies.

Les progrès rapides de l’intelligence artificielle ne rendent pas l’école moins nécessaire. Ils renforcent au contraire son importance.

Les élèves ont aujourd’hui besoin d’une lecture précise, de bases solides en mathématiques et en sciences, mais aussi de capacités d’analyse, de réflexion critique et de vérification des informations. C’est à cette condition qu’ils pourront utiliser les nouveaux outils au lieu d’en devenir dépendants.

Ces compétences ne se construisent ni par les discours, ni par l’ajout d’une nouvelle matière au programme, ni par la seule distribution d’appareils électroniques.

Elles nécessitent des enseignants qualifiés, des établissements correctement équipés et suffisamment de temps pour apprendre.

Alors que d’autres systèmes éducatifs cherchent comment préparer leurs enfants à l’avenir, les autorités algériennes se comportent comme si les journées d’enseignement pouvaient être réduites sans conséquence.

Le problème ne réside donc pas uniquement dans quinze journées prises isolément. Il tient au message transmis par la décision : l’école peut attendre, les familles peuvent se débrouiller, le programme pourra être comprimé plus tard et aucune explication précise ne doit nécessairement être fournie sur le temps perdu ou sur sa récupération.

Le temps d’apprentissage est un droit, pas une faveur administrative

Lorsqu’elles ont annoncé le report, les autorités auraient dû rendre publics les motifs pédagogiques et sanitaires de leur décision, le nombre de journées scolaires concernées, les mesures prévues pour les récupérer et les régions nécessitant réellement des dispositions climatiques particulières.

Elles auraient également dû expliquer comment elles comptaient empêcher qu’un tel report devienne un événement récurrent chaque mois de septembre.

Les Algériens ne demandent pas que leurs enfants soient envoyés dans des classes dangereuses. Ils ne souhaitent pas davantage les priver de repos.

Ils demandent un État qui respecte l’école, anticipe les difficultés, équipe convenablement les établissements, tient compte de la vie des familles qui travaillent et répond de chaque heure d’enseignement perdue.

Les élèves retrouveront enfin leurs classes le 21 septembre. Ils porteront leurs cartables et leurs cahiers, tandis que les enseignants devront une nouvelle fois restaurer les habitudes de travail, réactiver les connaissances et achever les programmes.

Mais une question subsistera après la fermeture des portes des établissements : ce retard constituait-il une nécessité exceptionnelle à laquelle aucune solution ne pouvait être apportée, ou représente-t-il une nouvelle preuve que les autorités se sont habituées à reléguer l’école au dernier rang du calendrier ?

Un État qui reporte la rentrée chaque fois qu’il rencontre une difficulté dit implicitement à ses enfants que leur éducation peut attendre.

L’Algérie ne pourra pas trouver sa place dans un monde intensément concurrentiel si elle continue, année après année, à repousser l’avenir de ses enfants jusqu’à la fin du mois de septembre.

Adaptation française de l’article d’opinion initialement publié en arabe le 20 septembre 2026. La version anglaise a été publiée le 21 septembre 2026.