Lors de son discours du 14 octobre 2026 devant les opérateurs économiques réunis à Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé l’existence d’une volonté politique « ferme et résolue » de stimuler l’économie et l’investissement.

Il a salué les progrès accomplis depuis la révision du cadre juridique et présenté les indicateurs du produit intérieur brut hors hydrocarbures comme la preuve d’une diversification économique en cours.

Le président a également renouvelé son ambition de faire évoluer l’Algérie vers une économie plus ouverte, compétitive et résistante aux fluctuations internationales, tout en préservant le caractère social de l’État.

Sur le papier, les réformes sont importantes.

L’Algérie a adopté une nouvelle loi sur l’investissement en 2022, réorganisé l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, développé une plateforme numérique, modifié les règles d’attribution du foncier économique et créé différents mécanismes destinés à rapprocher les administrations concernées.

Mais l’évaluation de ces réformes ne peut s’arrêter aux discours, au nombre de textes publiés ou au volume des projets enregistrés.

Pour un investisseur national ou étranger, l’enregistrement d’un projet ne constitue que le commencement du parcours.

Il faut encore obtenir un terrain, un permis de construire, les autorisations environnementales, le financement, les raccordements aux services publics et, dans certains secteurs, des agréments supplémentaires permettant l’exploitation.

Il faut également pouvoir importer les machines, les pièces détachées et les matières premières nécessaires, payer les fournisseurs étrangers et effectuer des transferts financiers dans des conditions suffisamment claires.

Le climat de l’investissement sera donc jugé moins sur le nombre de nouvelles lois que sur le temps, le coût et la sécurité juridique qui séparent l’enregistrement d’un projet de son entrée effective en production.

Ce que documente le rapport américain sur le climat de l’investissement

Le rapport sur le climat de l’investissement en Algérie publié en 2023 par le département d’État américain — le document qu’AlgeriaNews a pu vérifier dans les archives du département — décrit plusieurs obstacles structurels qui restent pertinents pour le débat actuel.

Il évoque notamment la complexité des formalités d’importation et de dédouanement, le poids de la bureaucratie et les difficultés rencontrées lors de la conversion ou du transfert de fonds vers l’étranger.

Selon ce rapport, une opération de transfert ou de rapatriement de fonds pouvait nécessiter près de trente démarches administratives.

Le traitement pouvait durer de trois à six mois, alors que les délais théoriques étaient plus courts. Une erreur ou l’absence d’un document à une étape particulière pouvait retarder l’ensemble de la procédure.

Ces indications ne signifient pas que toutes les entreprises connaissent exactement la même expérience. Elles montrent néanmoins le degré de friction administrative auquel un investisseur peut être confronté.

Pour une entreprise étrangère, il ne s’agit pas d’un inconvénient secondaire.

La possibilité de rémunérer ses fournisseurs, d’acheter des intrants importés, d’honorer des engagements contractés à l’étranger et de rapatrier des dividendes fait partie intégrante de la viabilité financière d’un projet.

La prévisibilité réglementaire est tout aussi importante.

Les restrictions sur les importations peuvent répondre à une politique légitime de développement de la production nationale. Mais une interdiction soudaine frappant une matière première, un équipement ou une pièce détachée peut interrompre la production, y compris après qu’une entreprise a investi dans une installation locale.

Le problème dépasse donc le simple droit de créer une société.

L’investisseur doit savoir si les règles encadrant son activité resteront suffisamment stables pour lui permettre d’organiser ses approvisionnements, son financement et sa production.

Le rapport souligne également que les changements fréquents de règles, les difficultés d’accès à certains intrants et la prudence excessive de responsables administratifs peuvent ralentir les décisions.

Après les campagnes de lutte contre la corruption, certains agents publics peuvent craindre d’engager leur responsabilité en signant une autorisation. Cette aversion au risque ajoute alors un nouveau délai à des procédures déjà complexes.

Des exemples documentés d’incertitude administrative

Un article publié en 2025 par le magazine Global Finance rapportait le témoignage d’un investisseur étranger ayant financé pendant plus de dix ans des projets représentant plusieurs millions de dollars en Algérie.

Il décrivait un environnement difficilement prévisible, dans lequel un investisseur pouvait s’endormir sous l’empire d’une règle et se réveiller avec une réglementation différente.

D’après ce témoignage, l’interdiction soudaine d’importer une matière première ou une pièce indispensable pouvait rendre la production locale impossible, même après la construction d’une usine.

Les difficultés ne ressortent pas uniquement de témoignages étrangers.

En 2022, le gouvernement avait annoncé la levée des obstacles entravant 861 projets sur un ensemble de 915 dossiers faisant l’objet d’un suivi particulier.

L’existence même de centaines de projets bloqués avait conduit les autorités à mettre en place une procédure spéciale destinée à lever les entraves administratives.

Cette démarche constituait une reconnaissance officielle de l’incidence du problème sur l’investissement et l’emploi.

En 2025, le président Tebboune avait par ailleurs qualifié l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur, ALGEX, d’institution « jurassique ».

L’agence a ensuite été dissoute et remplacée par deux nouvelles structures.

Cette décision reconnaissait qu’une administration censée organiser et faciliter le commerce extérieur était elle-même devenue une partie du problème.

Elle pose cependant une question plus générale : combien de restructurations seront encore nécessaires avant que le cadre administratif devienne durablement stable, compréhensible et prévisible ?

Une entreprise peut s’adapter à une réglementation exigeante lorsqu’elle est claire et durable. Elle rencontre davantage de difficultés lorsque les institutions, les responsabilités et les procédures changent continuellement.

Le guichet unique : une réforme importante qui sera jugée sur son application

Le décret présidentiel no 26-326 du 12 octobre 2026 a créé le Guichet unique national de l’investissement.

Placée sous l’autorité du Premier ministre, cette structure doit devenir l’interlocuteur unique, intégré et exclusif des investisseurs.

Le guichet est chargé de traiter les actes, agréments, autorisations et autres documents liés aux investissements enregistrés auprès de lui, depuis l’enregistrement jusqu’à la réalisation et à l’exploitation du projet.

Le décret prévoit des délais précis.

La plupart des documents et autorisations devraient être délivrés dans un délai de quinze jours. Certains dossiers liés aux établissements classés disposent d’un délai de vingt jours, tandis que le conseil d’administration du guichet doit statuer dans les vingt-cinq jours sur les dossiers d’investissement relevant de sa compétence.

Le texte rend également les décisions du guichet obligatoires pour les administrations qui y sont représentées. Il interdit en principe de réexaminer des dossiers déjà tranchés et prévoit la numérisation ainsi que l’échange de données entre les différents organismes.

Ces dispositions pourraient améliorer sensiblement l’environnement des affaires si elles étaient intégralement appliquées.

Mais l’expérience montre que réunir les représentants de plusieurs administrations dans une même structure ne suffit pas nécessairement à mettre fin à la fragmentation administrative.

Un guichet unique ne fonctionne réellement que si ses représentants disposent du pouvoir de décision.

Leurs systèmes d’information doivent également communiquer avec ceux des douanes, des services fiscaux, du foncier, de l’environnement, de l’urbanisme et des autres autorités concernées.

L’investisseur doit enfin pouvoir savoir quelle administration est responsable lorsqu’un délai arrive à expiration sans décision, quels recours sont disponibles et quelles conséquences s’appliquent en cas de retard injustifié.

L’efficacité du nouveau dispositif devrait donc être mesurée à l’aide d’indicateurs publics :

  • la proportion des demandes traitées dans les délais légaux ;
  • le délai médian de traitement ;
  • le nombre de dossiers en attente ;
  • les administrations responsables des retards ;
  • les motifs invoqués pour les dépassements ;
  • et les résultats des recours formés par les investisseurs.

Sans ces données, l’existence d’un délai dans un décret ne garantit pas que ce délai soit respecté dans la pratique.

Vingt mille projets enregistrés ne représentent pas vingt mille entreprises en activité

En mai 2026, le Premier ministre Sifi Ghrieb a annoncé que l’Agence algérienne de promotion de l’investissement avait enregistré plus de 20 000 projets.

La valeur déclarée de ces investissements dépassait 9 000 milliards de dinars, avec un potentiel annoncé de plus de 525 000 emplois.

Ces chiffres témoignent d’un intérêt important pour le marché algérien.

Ils ne signifient cependant pas que 20 000 entreprises sont déjà en activité ni que les emplois annoncés ont effectivement été créés.

Un projet enregistré peut encore attendre l’attribution d’un terrain, l’obtention d’un financement ou la délivrance d’une autorisation administrative.

Sa valeur déclarée et son nombre prévisionnel d’emplois peuvent apparaître dans les statistiques officielles bien avant qu’une usine commence à produire ou qu’un salarié reçoive son premier salaire.

En mai 2026, le directeur général de l’AAPI a indiqué que plus des deux tiers des projets enregistrés dont les promoteurs avaient communiqué l’état d’avancement étaient entrés en exploitation ou se trouvaient en cours de réalisation.

Cette information est encourageante, mais son dénominateur est essentiel.

Elle concerne les projets pour lesquels des renseignements sur l’avancement ont été transmis, et pas nécessairement l’ensemble des projets figurant dans le registre.

En octobre, l’agence a annoncé travailler à une méthode harmonisée de suivi sur le terrain, destinée à distinguer précisément les projets en exploitation, ceux en cours de réalisation, ceux qui sont suspendus et ceux qui n’ont pas encore commencé.

Le passage des déclarations fournies par les promoteurs à des données vérifiées sur le terrain est indispensable pour que les chiffres d’enregistrement deviennent un indicateur fiable de la performance de l’investissement.

L’AAPI devrait publier régulièrement :

  • le nombre de projets ayant effectivement commencé leur production ;
  • le délai moyen entre l’enregistrement et l’entrée en exploitation ;
  • le volume des investissements réellement décaissés ;
  • le nombre d’emplois effectivement créés ;
  • les projets abandonnés ou suspendus ;
  • et les principaux motifs des blocages.

Les emplois espérés au moment du dépôt d’un dossier ne peuvent pas être comptabilisés comme des emplois déjà créés.

Investissement étranger : une amélioration qui laisse subsister un écart important

Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, les entrées d’investissements directs étrangers en Algérie ont atteint environ 1,53 milliard de dollars en 2025.

Ce montant représente une progression d’environ 18 % par rapport à l’année précédente.

Durant la même période, le Maroc a attiré approximativement 3,3 milliards de dollars, tandis que l’Égypte est demeurée la première destination africaine avec environ 15,5 milliards.

Ces comparaisons doivent être interprétées avec prudence.

Les flux annuels d’investissement peuvent être profondément modifiés par une seule opération de grande ampleur, une privatisation, un mégaprojet ou la structure particulière des secteurs présents dans chaque économie.

La politique monétaire, les marchés d’exportation, les coûts énergétiques, les accords commerciaux et la situation macroéconomique influencent également les décisions d’investissement.

La bureaucratie ne suffit donc pas, à elle seule, à expliquer les différences entre les pays.

Ces chiffres indiquent néanmoins que l’Algérie n’a pas encore transformé toute l’ampleur de son marché, de ses ressources et de sa proximité avec l’Europe et l’Afrique en une capacité comparable d’attraction des capitaux.

Le pays dispose pourtant d’avantages manifestes : un vaste marché intérieur, d’importantes ressources énergétiques, une position géographique favorable et des possibilités dans l’industrie manufacturière, l’agriculture, les énergies renouvelables, les mines, l’industrie pharmaceutique et les services numériques.

Des règles plus prévisibles et une exécution plus rapide permettraient à l’Algérie de mieux concurrencer les autres destinations accessibles aux investisseurs internationaux.

Croissance et chômage : les indicateurs positifs n’annulent pas le coût des blocages

Le Fonds monétaire international a estimé la croissance réelle de l’économie algérienne à environ 3,9 % en 2025 et projeté une croissance de 3,8 % en 2026.

L’activité hors hydrocarbures a également progressé.

Ces indicateurs sont positifs, mais ils ne démontrent pas à eux seuls que l’environnement de l’investissement privé soit devenu efficace.

La croissance de la construction, de l’agriculture ou des services peut être soutenue par les dépenses publiques et la demande intérieure, même lorsque les entreprises privées continuent de rencontrer des retards réglementaires.

Le FMI souligne également l’existence de déficits budgétaires et extérieurs importants ainsi que l’érosion des marges financières.

Dans cette situation, la diversification économique, l’amélioration du climat des affaires et la mobilisation de l’investissement privé deviennent encore plus importantes pour la durabilité de la croissance.

Les estimations modélisées de l’Organisation internationale du travail, publiées par la Banque mondiale, situaient le chômage total à environ 11,6 % en 2025.

Pour les jeunes âgés de 15 à 24 ans, le taux approchait 29,4 %.

Chaque projet qui reste pendant des mois ou des années dans l’attente d’un terrain, d’une autorisation ou d’un transfert financier représente une production reportée, une concurrence différée et des emplois potentiels qui ne sont pas créés.

Les retards peuvent également décourager les entreprises déjà présentes de réinvestir leurs bénéfices en Algérie.

L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à attirer de nouveaux investisseurs. Il faut aussi permettre aux projets enregistrés et aux entreprises existantes de fonctionner, de s’agrandir et d’embaucher.

Le problème n’est plus le manque de lois

L’Algérie ne manque plus de textes concernant l’investissement.

Elle dispose désormais d’une loi sur l’investissement, d’une agence de promotion, d’une plateforme numérique, de bureaux décentralisés, de mécanismes d’attribution du foncier, d’une instance chargée des recours et d’un guichet unique national assorti de délais légaux.

Le défi consiste à faire fonctionner cette architecture comme un système cohérent.

Les administrations ne devraient pas réclamer à l’investisseur des documents qui se trouvent déjà dans les bases de données de l’État.

Ces bases devraient être interconnectées, les responsabilités clairement identifiées et les retards administratifs injustifiés assortis de conséquences.

Pour les procédures présentant peu de risques et ne concernant ni la santé, ni la sécurité, ni l’environnement, l’Algérie pourrait également envisager des formes d’accord tacite lorsque l’administration ne répond pas dans le délai légal.

Les investisseurs nationaux et étrangers devraient suivre plusieurs indicateurs pour déterminer si les réformes produisent des résultats :

  • le délai moyen entre l’enregistrement et l’entrée en exploitation ;
  • la proportion des autorisations délivrées dans les délais ;
  • le temps nécessaire pour obtenir et viabiliser un terrain économique ;
  • les délais d’importation des équipements et des intrants ;
  • le temps requis pour les transferts en devises et le rapatriement des bénéfices ;
  • le nombre de projets en activité, en construction, suspendus ou non commencés ;
  • et l’existence d’un recours effectif lorsqu’une administration ne prend pas de décision.

La publication de ces indicateurs par secteur et par wilaya permettrait de distinguer les annonces nationales des conditions réellement rencontrées sur le terrain.

Les investisseurs ne travaillent pas à l’intérieur des pages du Journal officiel. Ils travaillent dans l’intervalle qui sépare le dépôt d’une demande de l’obtention d’une décision exécutoire.

Si cet intervalle devient plus court et plus prévisible, les réformes pourront libérer de nouveaux investissements, créer des emplois et accélérer la diversification économique.

S’il continue à durer des mois ou des années, l’écart entre les annonces politiques et la réalité administrative restera l’un des principaux désavantages concurrentiels de l’Algérie.